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Amélie Nothomb

Ni d’Ève ni d’Adam
Albin Michel
Agregada el 15/08/09

pág. 7. «Le moyen le plus efficace d’apprendre le japonais me parut d’enseigner le français.»

pág. 9. «Il faut reconnaître que le français est vicieux. Je n’aurais pas voulu être à la place de mon élève. Apprendre à parler ma langue devait être aussi difficile que d’apprendre à écrire la sienne.»

pág. 10. «L’avantage des discussions avec les étrangers est que l’on peut toujours attribuer l’expression plus ou moins consternée de l’autre à la différence culturelle.»

pág. 24. «La redécouverte d’un Japon ancien et silencieux me mit les larmes aux yeux. Sous ce ciel si bleu, les toits lourds de tuiles en accolade et l’air immobilisé par le gel me disaient qu’ils m’avaient attendue, que je leurs avais manqué, que l’odre du mondre se trouvait restauré par mon retour et que mon règne durerait dix mille ans.»

pág. 29. «Il conduisit sans parler. J’aimais que l’on pût à ce point se passer de bavardage, sans donner naissance à la moindre gêne. Cela me permettait de mieux observer la ville et parfois le profil incroyablement immobile de mon élève.»

pág. 32. «Rinri devait avoir oublié que je ne maîtrisais presque pas les idéogrammes car, après avoir lu son tract, il me demanda en le montrant si je désirais y aller. Rien n’est plus irrésistible qu’un y qui renvoie à quelque chose d’inconnu. J’acceptai avec enthousiasme.»

pág. 55. «J’étais toujours joyeuse de le voir. J’avais pour lui de l’amitié, de la tendresse. Quand il n’était pas là, il ne me manquait pas. Telle était l’équation de mon sentiment pour lui et je trouvais cette histoire merveilleuse.»

pág. 56. «L’amour est un élan si français que d’aucuns y ont vu une invention nationale. Sans aller jusque-là, je reconnais qu’il y a dans cette langue un génie amoureux. Peut-être pouvait-on considérer que Rinri et moi avions chacun contracté l’inclination typique de la langue de l’autre : lui jouait à l’amour, grisé par cette nouveauté, et moi je me délectais de koi. Ce qui prouvait combien nous étions tous deux admirablement ouverts à la culture de l’autre.»

pág. 57. «S’éprend-on de ceux pour qui l’on a du goût ? Impensable. On tombe amoureux de ceux que l’on ne supporte pas, de ceux qui représentent un danger insoutenable.»

pág. 97. «Heureusement, il est impossible de s’ennuyer en regardant passer des être humains, surtout au Japon.»

pág. 163. «Moi, sans que je puisse me l’expliquer, j’attendais autre chose. Je ne savais en quoi elle consistait, mais j’étais sûre de l’espérer. Un désir est d’autant plus violent qu’on en ignore l’objet.»

pág. 174. «Il existe une joie plus grande que celle des aéroports : celle que l’on éprouve en s’installant dans un avion. Cette joie culmine quand l’avion décolle et que l’on a une place près du hublot.»

Cosmétique de l’ennemi
Albin Michel
Agregada el 18/07/09

pág. 27. «C’est ça, moquez-vous. Sachez qu’il est très dur de découvrir la nullité de Dieu et, pour compenser, la toute-puisssance de l’ennemi intérieur. On croyait vivre avec un tyran bienveillant au-dessus de sa tête, on se rend compte qu’on vit sous la coupe d’un tyran malveillant qui est logé dans son ventre.»

pág. 44. «Je ne m’en suis jamais remis. Il n’y a rien de plus incompréhensible au monde que les visages ou, plutôt, certains visages : un assemblage de traits et de regards qui soudain devient la seule réalité, l’énigme la plus importante de l’univers, que l’on regarde avec soif et faim, comme si un souverain message y était inscrit»

pág. 80. «Je juge les actes à l’aune de la jouissance qu’ils donnent. L’extase voluptueuse est le but souverain de l’existence, et ne demande aucune justification.»

pág. 82. «Ce n’est pas certain. Je n’ai jamais été tué par quelqu’un. C’est peut-être très agréable. Il ne faut pas préjuger des sensations que l’on ne connaît pas.»

pág. 104. «Non : je suis la partie de toi qui n’oublie rien. C’est l’unique différence. Si les gens avaient de la mémoire, ils s’entendraient parler de sujets auxquels ils croyaient ne rien connaître.»

Stupeur et tremblements
Albin Michel
Agregada el 10/07/09

pág. 101. «En vérité, il vaut mieux éviter la volupté parce qu’elle fait transpirer. Il n’y a pas plus honteux que la sueur. Si tu manges à grandes bouchées ton bol de nouilles brûlantes, si tu te livres à la rage du sexe, si tu passes ton hiver à somnoler près du poêle, tu sueras. Et plus personne ne doutera de ta vulgarité. Entre le suicide et la transpiration, n’hésite pas. Verser son sang est aussi admirable que verser sa sueur est innommable. Si tu te donnes la mort, tu ne transpireras plus jamais et ton angoisse sera finie pour l’éternité.»

pág. 161. «Il ne me restait plus qu’à coller le front au verre et à me jeter par la fenêtre. Je suis la seule personne au monde à qui est arrivé ce miracle : ce qui m’a sauvé la vie, c’est la défenestration.»

pág. 186. «La fenêtre était la frontière entre la lumière horrible et l’admirable obscurité, entre les cabinets et l’infini, entre l’hygiénique et l’impossible à laver, entre la chasse d’eau et le ciel. Aussi longtemps qu’il existerait des fenêtres, le moindre humain de la terre aurait sa part de liberté. Une ultime fois, je me jetai dans le vide. Je regardai mon corps tomber.”